Quand la vie explose : « Le vertige danois de Paul Gauguin », de Bertrand Leclair (Actes Sud)

Paul Gauguin a la peinture dans le sang mais le succès le fuit. Deux toiles, il y a quelques années, ont retenu un peu l’attention des maîtres, de la presse et du public, mais rien d’essentiel. Pourtant, lui il sait, il croit, il veut croire, il le sens en lui, ce feu qui l’anime. Il a tout quitté, son travail d’agent boursier, pour se consacrer à la peinture. Depuis, l’économie du ménage n’est pas flamboyante, sa femme danoise Mette le quitte et retourne au pays natal vivre avec sa famille. Paul, qui n’est donc pas encore « le » Paul Gauguin, la rejoint. Nous sommes en novembre 1884 : c’est là que commence ce court récit de Bertrand Leclair.

Paul Gauguin hésite, il aime sa femme, voudrait tellement que ça marche entre eux, construire un foyer, mais sa belle fille, les soeurs et frères de Mette, le ridiculisent. Ils ne croient pas en lui et font pression sur Mette pour qu’il arrête ses bêtises. Même, ils lui trouvent un travail, des contacts, un réseau, mais décidément, Paul, lui, ce qu’il veut faire, c’est de la peinture.

Alors il commence une série d’autoportraits, façon de se chercher, de se comprendre, de comprendre ce qu’il y a en lui, ce désir de peindre, faire le point. Il rêve de partir, de tout quitter, mais n’ose pas. Il peint, il se peint, et plonge dans les profondeurs : qui est-il ? que veut-il ? jusqu’où peut-il aller pour peindre ? quel courage aura-t-il ?

Bertrand Leclair nous livre ici un court roman époustouflant qui parlera à chacun de nous : la vie confortable, molle, sans risque ni passion (celle que propose la belle famille danoise) ou l’ambition artistique, ce feu dévorant et exaltant, qui exige de tout quitter sans certitude pour l’avenir, c’est le dilemme de Paul Gauguin, ce vertige danois, qui nous attire en miroir de nos propres vertiges, de nos propres dilemmes.

C’est aussi l’occasion de partager avec vous notre bonheur de lire des vrais livres, un objet délicat précieux, qui sent le papier, doté d’une vraie reliure, alors bravo Actes Sud. Cette collection « un endroit où aller » nous fait justement voyager. Allons y ! N’hésitons pas !