Nos romans préférés de la rentrée littéraire 2016

La vie est faite de ces toutes petites chose, Christine Montalbetti (POL)

Le récit par le menu du dernier vol de la navette spatiale, Atlantis, à destination de la station spatiale internationale. On saura tout dans le détail, du voyage : habillement, musiques, repas, retrouvailles avec les spationautes en poste là-haut, travaux scientifiques…Le style est d’une originalité totale, l’auteur emploie un « nous » complice et plein d’humour, on ressort de là plutôt déboussolés.

L’échange, Eugenia Almeida (Métaillé, trad. de l’espagnol par Françoise Gaudry)

Dans une ville argentine, une jeune-femme est visiblement sortie d’un bar en menaçant de son revolver un homme, puis elle a retourné l’arme contre elle et s’est suicidée. La police, les journaux, les différents acteurs de l’histoire sont à la fois soutenus et menacés par une organisation « secrète »… Une construction parfaitement contrôlée, des dialogues omni-présents et très réalistes, ce livre en dit beaucoup sur l’empreinte que laisse une dictature.

Ce vain combat que tu livres au monde, Fouad Laroui (Julliard)

Avec ses deux personnages et son style à couper le souffle, Fouad Laroui entraîne son lecteur dans la spirale du terrorisme. Comment un homme à qui tout sourit peut se retrouver quasiment du jour au lendemain en Syrie, à combattre pour un Dieu auquel il ne croyait pas ? Une lecture essentielle qui tente d’expliquer l’inexplicable sans entrer dans les clichés journalistiques.

Continuer, Laurent Mauvignier (Minuit)

Parce que son ado de fils a fait une grosse bêtise lors d’une soirée, sa mère décide de redonner sens à leur vie à tous les deux. Ils s’en vont à cheval parcourir les montagnes du Kirghizistan, la mère, le fils. Rien n’est facile, la nature est sauvage, point besoin de parler tout le temps. C’est un roman époustouflant que nous offre Laurent Mauvignier, un roman qui nous empoigne par son style juste et émouvant.

Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin (Zoé)

Yan Kerrand, normand d’origine, arrive à Sokcho, petit port au nord de la Corée du Sud. Auteur de BD, il cherche on ne sait quoi. Il va loger dans la pension où travaille la narratrice. Cette jeune-femme, métisse, de père français, (parti sans laisser de trace), se dévoue à son travail, à sa mère et à son fiancée, top modèle à Séoul. Ces personnes se croisent, se parlent, se séparent… Un style tout en nuances, beaucoup de non-dits, une atmosphère envoutante.

L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset (Gallimard)

Quand Thomas se suicide, il a 39 ans. On parcourt sa vie, celle d’un jeune-homme plein de vie et d’énergie, qui aime la musique, le cinéma, les copains… qui deviendra professeur de littérature française aux Etats-Unis. Mais que cache cette façon presque boulimique de dévorer la vie. L’auteur s’adresse à son personnage, ami, en le tutoyant, c’est à la fois troublant et bouleversant.

Eclipses japonaises, Eric Faye (Seuil)

Qu’est-ce qu’une « éclipse japonaise » ? C’est très simple : ce sont des japonais(es) disparus du jour au lendemain et qui parfois refont surface des décennies plus tard. Où étaient-ils ? Ils servaient la Corée du Nord contre leur volonté. Eric Faye réussit l’exploit d’immerger le lecteur dans le quotidien de ces âmes disparues, puis de faire ouvrir les yeux sur un pays encore mal connu qui fait froid dans le dos.

L’effroi, François Garde (Gallimard)

C’est un soir de concert comme les autres à l’Opéra Garnier. Mais au moment de commencer à jouer, le chef d’orchestre fait le salut nazi. Dans un silence absolu qui pétrifie public et musiciens, un seul se lève et fait acte de résistance, c’est un violoniste. Sa vie change à jamais, ça se passe aujourd’hui, ou hier, ou demain, en tout cas, ça nous concerne !

Tropique de la violence, Natacha Appanah (Gallimard)

C’est à Mayotte que se déroule l’histoire, département français, mais on a bien du mal à se dire que c’est en France, la même France où l’on vit. Un jeune ado se retrouve tout seul dans la vie quand sa mère adoptive meurt subitement. Il traîne petit à petit avec une bande d’enfants des rues, tyrannisée par le chef local, ado lui même. S’engage alors un terrible duel. Une écriture poétique et poignante.

La sainte famille, Florence Seyvos (L’Olivier)

Un récit au fil des souvenirs de Suzanne. L’enfance, l’adolescence dans une famille qui n’a rien de particulier en apparence. Des vacances dans la maison au bord du lac, des voyages en voiture avec les parents… Mais parfois les adultes ont des comportements ambigus, tout de même. Une écriture, une construction toutes en clairs-obscurs, finesse et sensibilité.

Watership Down, Richard Adams, (Mr Toussaint Louverture, trad. rev. de l’anglais de Pierre Clinquart)

C’est un grand roman d’aventure avec du suspens, du drame, et plein de rebondissements. C’est un grand roman politique sur ce qui unit les hommes et les rend fragiles, sur la vision d’avenir qu’une société peut se donner. C’est un grand roman sur l’amitié, l’amour et la liberté. C’est un grand roman dont les personnages sont…des lapins, oui des lapins !

Tabou, Ferdinand Von Schirach (Gallimard, trad. de l’allemand par Olivier Le Lay)

A travers l’objectif d’un appareil photo, Von Schirach nous mène dans l’antre de l’inhumain. Nous suivons Sebastian, photographe aguéri de nues, qui va se voir accusé de meurtre. Malgré les déclarations qu’il signe, il semblerait que son avocat ne croit pas en sa culpabilité. Commence alors une réflexion sociale sur la justice et en parallèle une réflexion philosophique sur réalité et vérité. Palpitant !

L’incandescente, Claudie Hunzinger (Grasset)

La narratrice trouve de mystérieuses lettres empaquetées dans une boite lors du décès de sa mère. Celles-ci proviennent d’une femme fougueuse et pleine de vie, Marcelle, avec qui Emma a eu une relation très forte lors de leur adolescence. Claudie Hunzinger nous entraîne dans une histoire familiale partagée entre amour, mystère et maladie. Un roman poignant où les Marcel(le) se mélangent pour créer une auteure singulière.

Anatomie d’un soldat, Harry Parker (Bourgois, trad de l’anglais par Christine Laferrière)

Tom Barnes, capitaine dans l’armée, est envoyé sur un site de conflit où il va marcher sur une bombe artisanale et perdre une jambe. Harry Parker nous fait suivre ses tribulations à l’hôpital ainsi que sur le front grâce à des flash-back menés à la perfection. Le récit est raconté par les 45 objets que le jeune Tom va croiser ; de la perfusion à la pinte de bière en passant par son arme ou son sac à dos. L’auteur a écrit ce premier roman plein d’émotion et sans pathos en rentrant de la guerre d’Afghanistan.

Cartel, Don Winslow (Seuil, trad. de l’américain par Jean Esch)

C’est écrit comme un jeu d’échec, ou comme un roman de guerre à la Coppola, ou comme un opéra dont les chanteurs seraient plutôt barons de la drogue et agents fédéraux. Formidable épopée oscillant entre la vengeance personnelle et la lutte contre les cartels de la drogue, Don Winslow montre de façon crue la face cachée de nos sociétés. C’est le second tome d’une série mais on peut très bien commencer par celui-là.