Nos douze préférés de la rentrée littéraire !

Le second numéro de la gazette de la librairie est enfin sorti pour notre soirée consacrée à la rentrée littéraire, c’était vendredi 18 octobre. C’était le feu ce soir là, un climat studieux et détendu pour un panorama de choix de la rentrée littéraire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous avez loupé le (très grand) tirage du numéro 1 de la gazette (été 2013) : c’est ici et si vous voulez sauter directement à la gazette n°2 (rentrée littéraire 2013) : alors c’est là.

Dans ce dernier numéro, nous avons rassemblé nos douze romans préférés de la rentrée littéraire 2013 parmi les 550 parutions. Attention : le choix a été délicat car nous sommes trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès exigeants. Nous avons mélangé les styles, les éditeurs, les langues. Il y en a donc pour tous les goûts.

Il y a les romans dont tout le monde parle mais que personne n’a lu.

Il y a ceux dont personne ne parle mais qu’il faudrait lire. Ce sont ceux-là qui nous attirent ! Les voici.

 

La lettre à Helga – Bergsveinn BIRGISSON (Zulma, trad. de l’islandais)

Bjarni s’adresse à Helga, la femme qu’il a aimée, passionnément, mais avec qui il n’était pas marié. Il était éleveur de moutons, contrôleur du fourrage, et pêcheur sur ces terres reculées d’Islande, où la nature impose avec force sa rigueur et sa beauté. Bjarni se souvient du corps d’Helga et de l’élan irrépressible qui le poussait vers elle. Ses mots sont rudes, simples, solides et souvent drôles. Il raconte aussi son époque qui a vu les techniques progresser si vite que la vie s’est transformée radicalement, et l’écart s’est creusé entre ville et campagne. Ce livre est plein de vents froids et de nuages lourds. La lumière y est d’autant plus forte.

 

Pietra viva – Leonora de RECONDO (SabineWespieser)

Michel Ange quitte Rome pour Carrare où il va choisir lui même les blocs de marbre qui lui serviront à sculpter le tombeau du pape Jules II. Au fil de ces quelques mois, il vivra une révolution intérieure. Colère, solitude, deuil. La pierre est vivante puisqu’elle contient des personnages en puissance, qu’il va libérer. Mais il n’y a pas que l’art, il y a aussi l’humain, avec le quel il faut composer, et qui sera source de révélations. Léonora de Recondo restitue dans une langue pleine de poésie, les gestes, paroles, pensées de l’artiste confronté à ses tourments, et à son génie créateur.

 

Décompression – Julie ZEH (Actes Sud, trad. de l’allemand)

Sur l’île de Lanzarote, Sven est venu chercher une vie calme, la beauté des fonds sous marins. Avec sa compagne Antje, il a quitté l’Allemagne, ensemble ils organisent des séjours de plongée. Arrive un couple, femme jeune séduisante actrice de sitcom, homme vieillissant écrivain en mal d’inspiration. Assez vite un malaise s’installe, on ne sait pas qui manipule qui. Les moments de plongée sont magnifiquement décrits, le suspens psychologique ne cesse de monter, jusqu’à la scène finale.

Petites scènes capitales – Sylvie GERMAIN (Albin Michel)

Au centre du livre, Lili qui s’appelle aussi Barbara. Elle grandit d’abord avec son père, qui ensuite se remarie avec une femme mère déjà de quatre enfants, dont des jumelles. Lili a du mal à trouver sa place. A quatorze ans l’une des jumelles meurt, et l’équilibre de la famille est définitivement remis en cause. Chacun cherchera du côté de l’art une difficile reconstruction. On retrouve la finesse, l’élégance dans le style de Sylvie Germain, attentive aux errements de chacun, aux rédemptions possibles. Le drame n’est jamais une fin.

 

Kinderzimmer – Valentine GOBY (Actes Sud)

Une vieille dame, Mila, est invitée à témoigner devant des lycéens : elle fut déportée en 1944 au camp de concentration de Ravensbrück. A son entrée dans le camp, elle était enceinte, elle ne savait rien. L’incompréhension, la peur, la lutte pour survivre, apprendre une langue nouvelle, réinventer des gestes du quotidien… et faire quoi de cet enfant qui va arriver… A Ravensbrück il y avait une kinderzimmer : un lieu pour les nouveaux nés. Il y avait aussi une solidarité féminine. Le style de Valentine Goby joue sur le rythme, les sonorités, la construction. Comme Mila, nous découvrons les choses pas à pas.

L’échange des princesses – Chantal THOMAS (Seuil)

Marie-Anne (7 ans) est promise à Louis XV (11 ans). Mlle de Montpensier, fille du Régent (12 ans), elle, est promise à Don Luis, héritier du trône espagnol (15 ans). Leurs parents respectifs (par ailleurs cousins germains de la même famille des Bourbons) fomentent cette alliance : en troquant leurs fillettes, ils pensent rétablir la paix. Mais rien ne se passera comme prévu. Grand spécialiste du roman historique, Chantal Thomas nous ravit en montrant la cruauté pathétique de ces familles royales qui ont perdu de vue le monde dans lequel elles vivent.

 

Le dernier arbre – Tim GAUTREAUX (Seuil, trad. de l’américain)

Louisiane, début des années 20, deux frères, fils d’un riche industriel, dans une scierie au fond d’un marais où la loi est faite par ceux qui y vivent. Byron, l’aîné est revenu, brisé, de la guerre de 14-18, il fait office de policier dans la scierie. Randolf le cadet vient prendre la direction, et surtout tenter d’apprivoiser Byron, dont la violence est incontrôlable. La mafia sicilienne tient les rennes du saloon de la scierie. Tout cela au milieu d’une nature omniprésente : marécages, odeurs putrides, alligators, serpents… Pas d’effets de style, un récit linéaire, qui laisse toute la place à la confrontation des hommes entre eux, et avec la nature.

 

Le divan de Staline – Jean-Daniel BALTHASSAT (Seuil)

1950, Georgie. Staline rejoint une de ses maîtresses qui doit lui présenter un jeune peintre pour ériger un monument à la gloire du petit père des peuples. Dans les couloirs, les hommes de Staline surveillent tout. Le peintre, encore naïf, découvrira la vraie histoire de ses parents et la cruauté de Staline. Dans ce huis-clôs, on percevra toute la perversité et la manipulation d’un homme que rien n’arrête. Un roman historique sur les dernières années de Staline.

 

A l’aide ou le rapport W – Emmanuelle Heidsieck (Inculte)

Un professeur de droit est arrêté. Chef d’accusation : terroriste. Son crime : avoir aidé ses voisins, comme ça, pour leur venir en aide. D’où vient une telle loi, c’est justement l’histoire de ce roman qui nous entraîne dans les arcanes d’un rapport préparatoire ? Comment se fabrique un texte politique, entre mensonge et escamotage, sous des apparences très scientifiques ? Véritable fable bureaucratique aux allures kafkaiennes, texte engagé et politique mais toujours subtil, ce roman d’anticipation (quoi que !!?) nous fera sourire, puis frémir.

 

 

Voir du pays – Julie COULIN (Grasset)

Deux jeunes femmes reviennent de l’Afghanistan où elles sont parties faire la guerre plusieurs mois. Elles sont cantonnées trois jours dans un hôtel luxueux de Chypre où elles côtoient leurs collègues et des touristes. Entre les débriefings particulièrement éprouvants, elles se lient d’amitié avec deux séduisants chypriotes, visitent les monuments historiques et croisent des soldats qui ont perdu la tête. Comment peut-on vivre après l’horreur de la guerre ? Un récit émouvant, tout en tension, sur la guerre au féminin.

 

De l’autre côté des docks – Ivy POCHODA (L. Lévi, trad. de l’américain)

Quand Val et June, deux ados montent à bord de leur canot dans la baie de Brooklyn, elles sont loin de se douter de ce qu’elles vont mettre en branle. A la fois roman noir, thriller urbain, et chronique sociale d’un quartier, ce roman jamais lourd ni démonstratif, tout au contraire poétique et subtil, dessine l’Amérique d’aujourd’hui prise dans ces contradictions. Lauréat du prix Page/America 2013. Encore une belle découverte des éditions Liana Lévi.

 

 

En mer  – Toine HEIJMANS (Ch. Bourgois, trad. du néerlandais)

Donald mène une vie terne. Au bureau, son patron lui propose un congé sabbatique: il part ainsi 3 mois en mer sur un voilier, tout seul. Pour les deux derniers jours, sa fille Maria le rejoint. En pleine nuit, elle disparaît. L’aventure familiale vire au drame. Commence alors un véritable thriller psychologique et angoissant. C’est à ce moment que l’on comprend les raisons de ce voyage, quand Donald nous raconte sa vie d’avant. Un roman qui laisse un drôle de goût dans la bouche…

 

Et puis, parmi les plus attendus, nous avons également beaucoup aimé :

Canada, de Richard FORD (Seuil), Danse noire, de Nancy HUSTON (Actes Sud), Esprit d’hiver, de Laura KASICHKE (Bourgois), Nue, de Jean-Philippe TOUSSAINT (Minuit), Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie DARRIEUSSECQ (POL), Confiteor, de Jaume CABRE (Actes Sud) et enfin Au revoir là-haut, de Pierre LE MAITRE (Albin Michel).